Lundi 14 juillet 2008
communauté : L'écriture dans tous ses états
"C'est très bien comme ça" Annie Proulx (Grasset 18,90€)
Neuf nouvelles, une galerie de personnages: un vieux cow-boy qui décide de raconter l'histoire de sa famille à sa petite-fille et de révéler le secret qu'il a gardé si longtemps; le Diable qui aimerait changer la décoration de son univers ou qui tente de semer un peu la pagaille sur cette terre qu'il trouve trop morne; ces immigrants qui veulent dompter une terre aride et quelques fois hostile; une légende indienne qui raconte une immense chasse aux bisons.
Un ton juste pour conter la vie dans ces contrées si belles et si hostiles, une écriture tendre et violente à la fois qui évoque les tentatives pour s'en sortir et la résignation devant les aléas de la vie et de la nature.
 Un recueil de neuf nouvelles où le lecteur passe de l'étonnement à la stupéfaction. Etonnement de rencontrer des personnages aussi intenses, ambigus et émouvants. Stupéfaction de voir avec quel talent Annie Proulx réussit le prodige d'écrire des nouvelles qui ressemblent à des romans.
par Catherine Demontpion ajouter un commentaire
publié dans : littérature étrangère recommander commentaires (0)   
Mardi 8 juillet 2008
communauté : L'écriture dans tous ses états
"Sépulcre" Kate Mosse (Jean-Claude Lattès 22,50€)
Paris, 1891. Fuyant les difficultés, Léonie Vernier et son frère Anatole partent pour le sud de la France, au Domaine de la Cade, propriété de leur oncle près de Carcassonne. Mais le domaine leur réservera des surprises : manifestations diaboliques, superstitions, et un jeu de tarots qui aurait "le pouvoir de vie et de mort" sur les êtres humains.
Paris, 2007. Meredith Martin est une universitaire américaine venue en Europe sur les traces du compositeur Debussy pour écrire sa biographie. Mais elle a un autre but, plus personnel celui-là: retrouver les traces de sa propre famille, originaire de Rennes-les-Bains mais partie aux Etats-Unis au 19é siècle.
Comme dans son précédent roman, "Labyrinthe", Kate Mosse entraîne le lecteur dans un double récit, sur deux époques différentes mais liées entre elles. Une  belle histoire de deux femmes aux forts caractères qui tentent de retrouver leurs racines, de comprendre leurs familles en se faufilant à travers l'Histoire et les supersitions régionales.
L'alternance des deux époques rend le récit plus aéré, et permet au lecteur de mieux suivre les liens qui unissent ces deux femmes à travers les siècles. Un livre de l'été "dangereux" : on ne peut le refermer avant la fin !
par Catherine Demontpion ajouter un commentaire
publié dans : littérature étrangère recommander commentaires (0)   
Mardi 17 juin 2008
communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
"Hors saison" Lourdes Ventura (Buchet-Chastel 21€)
Victoria a 46 ans, un travail de secrétaire dans une entreprise madrilène qu'elle exerce avec efficacité. Sa grande passion: la littérature anglaise du 19é siècle, où les héroines évoluent dans des vies pleines de questionnements et dans des paysages de brumes et de brouillards. Le jour où son employeur la relègue au bureau des archives pour la remplacer par une jeune femme moins efficace mais plus moderne, Victoria décide que le moment est arrivée de réaliser son rêve. Elle s'exhile donc dans la maison de son oncle, au bord de la plage, pensant y trouver l'isolement nécessaire à l'écriture de son grand roman. Mais peut-on recréer une atmosphère typiquement anglaise dans un pays rempli de soleil, de chaleur et de bonne humeur ? De plus, se retrouver devant une page blanche va permettre à Victoria d'examiner sa vie, ce qu'elle en a fait et ce qu'elle aurait pu en faire.
"Hors saison" est un livre décalé dont l'héroine avoue elle-même être "entrée en scène avec un siècle et demi de retard", dans une famille espagnole pleine de convenances. Seul son grand-père lui donnera l'occasion de découvrir la littérature et nourrira ainsi son penchant pour les héroines anglaises. Ce livre est aussi une galerie de portraits hauts en couleurs: un cafetier qui n'aime vivre qu'en bord de mer; une institutrice qui tente de refaire sa vie avec sa fille; une Anglaise un peu "fofolle" grande organisatrice de soirée; un quinquagénaire anglais qui fera comprendre à Victoria que l'amour existe. Un livre qui débute sous un brouillard anglais pour aller vers un soleil espagnol.
par Catherine Demontpion ajouter un commentaire
publié dans : littérature étrangère recommander commentaires (1)   
Mercredi 28 mai 2008
Drôle de temps pour un mariage" Julia Stachey (Mercure de France 16,50€)
Dolly a 23 ans, est sur le point de se marier avec Owen Bigham, 31 ans et promis à une belle carrière dans la diplomatie, son premier poste étant en Amérique du Sud. Et pour ce merveilleux jour, Dolly est entourée de sa famille: une mère nerveuse, veillant sur tout et tout le monde, inquiète du temps qu'il va faire pour la cérémonie; une demoiselle d'honneur qui est aussi sa meilleure amie et sa confidente; un oncle, pasteur austère, venu conduire la mariée à l'autel en l'absence du père; la petite soeur complexée qui se trouve trop campagnarde, pas assez distinguée; des cousins aux caractères bien différents. Une galerie de personnages parmi lesquels évolue Joseph, l'amoureux transi de Dolly, celui qui n'a jamais osé se déclarer l'été précédent et qui aimerait fuir en enlevant celle qu'il aime.
Publié pour la première fois en 1932, ce roman dresse un portrait de famille drôle, ironique, où chaqcun des membres est tour à tour attachant et irritant, à l'image de cette mère qui souhaite que la cérémonie soit réussie qu'elle virevolte dans tous les sens et se contredit dans ses ordres aux domestiques. Un livre à découvrir.
par Catherine Demontpion ajouter un commentaire
publié dans : littérature étrangère recommander commentaires (0)   
Mardi 15 avril 2008
communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
"De grâce et de vérité" Jennifer Johnston (Belfond 18,50€)
Sally est actrice et vient d'effectuer une tournée triomphale sur les scènes de théâtre européennes. De retour à Dublin, elle n'aspire qu'au repos dans sa maison, entouré de ses amis et de son mari. Mais voilà, son mari, lassé de ses longues absences, a décidé de la quitter pour une autre femme. Cet évènement brusque va déclencher une série de réflexions chez Sally sur sa vie: est-elle heureuse, sa vie correspond-t-elle à ses rêves ? Et cela fait revenir à la surface les questions sur son père qu'elle n'a pas connu et sur ce secret que son grand-père, un évêque anglican, lui révèlera finalement avant sa mort.
Jennifer Johnston conte l'histoire d'une jeune femme contemporaine, sans larmoyances ni apitoiements mais avec une écriture sensible et vive. Une jeune femme qui cherche à se libérer de son passé pour mieux vivre sa propre vie, sans le poids des secrets de sa famille qui ont conduit sa propre mère au suicide, sans se perdre dans les rôles qu'elle interprète.
"Je déteste les secrets dont je ne sais rien, les secrets des autres qui ont bouleversé ma vie"
"Pourquoi avons-nous tout le temps besoin d'être aimés davantage? Est-ce pour cette raison que les gens croient en Dieu?"
A lire également du même auteur:
"Ceci n'est pas un roman" (10/18)
"Petite musique des adieux" (10/18)
par Catherine Demontpion ajouter un commentaire
publié dans : littérature étrangère recommander commentaires (0)   
Mardi 12 février 2008
sans-issue.jpgEcrire une suite est un exercice délicat pour un auteur, et pas toujours un plaisir pour le lecteur. On pourrait prendre pour exemple les suites que des auteurs contemporains ont voulu donner à certains classiques de la littérature, comme "Autant en emporte le vent" tout récemment:  si "Scarlett" a été un succès commercial, ce n'est probablement pas pour sa qualité littéraire mais plus par curiosité; de même pour "Rhett Buttler", la suite de la suite qui fait pourtant preuve d'une meilleure écriture.
Alors, quand est apparu "Sans issue" de Lisa Unger (Belfond 20€), où l'on retrouve le même personnage principal que dans "Cours ma jolie", on se dit: méfiance, ça sent le livre-marketing ! Et bien non, ce n'est pas le cas cette fois.
Ridley Jones est journaliste free-lance, elle mène une vie "simple" entre son travail, ses parents vivant en banlieue et son frère drogué qui essaie de se désintoxiquer. Sans oublier son oncle Max, un homme richissime, jamais marié et philanthrope. Seulement tout cela n'est qu'une façade, c'est ce que le lecteur apprend dans "Cours ma jolie" où Lisa Unger déroule une histoire machiavélique avec un tel talent que le lecteur est surpris à chaque page, en même temps que Ridley. Et c'est vrai que l'on a un petit sentiment de "manque" quand on arrive à la toute dernière page.
Ce qui fait l'intérêt de cette suite (qui ne se présente pas en tant que telle mais plutôt comme une nouvelle aventure de Ridley) c'est que l'auteur nous fait entrer encore un peu plus dans la vie et la psychologie des différents personnages. Les mêmes personnages mais pas tout à fait. Ridley a mûri en apprenant qu'elle a été adoptée ou que son oncle est son vrai père, elle a du se reconstruire pour continuer sa vie. Mais n'est-ce pas encore une nouvelle illusion ? Ceux qui l'entourent sont-ils vraiment ceux qu'ils prétendent être ?
De page en page, l'intérêt du lecteur ne faiblit pas tant Lisa Unger a su trouver le ton juste dans son écriture pour nous "accrocher": Ridley parle de sa vie, de ses découvertes sur sa famille avec mordant, lucidité et ironie. Et c'est peut-être cela qui rend l'histoire intéressante.
par Catherine Demontpion ajouter un commentaire
publié dans : littérature étrangère recommander commentaires (0)   
Lundi 11 février 2008
fleur-de-glace.jpg"Fleur de glace" Kitty Sewell (Belfond 21€)
Dafydd Woodruff est chirurgien à Cardiff, marié à Isabel et heureux en ménage malgré ce désir d'enfant qui ne se concrétise pas. Cette vie rythmée et calme va changer radicalement lorsqu'arrive une lettre d'une petite ville du Grand Nord canadien. Cette lettre lui annonce qu'il est papa de jumeaux, un garçon et une fille de 13 ans, leur mère étant une infirmière travaillant dans l'hôpital où Dafydd a exercé pendant quelques mois. 
Seulement voilà, Dafydd ne se souvient absolument pas avoir eu une relation quelconque avec cette femme, alors comment pourrait-il être le père de ces enfants ? Pour éclaircir ce mystère, Dafyd Woodruff décide de partir dans le Grand Nord canadien. Mais ce qu'il découvrira ne le laissera pas indemne tant l'enchaînement des évènements est troublant. 
Ce qui semble être une histoire relativement simple se transforme au long des pages en récit d'une machination incroyable, dans une atmosphère lourde, pesante mais dont le lecteur ne peut s'extraire. L'auteur trace également un portrait d'une ville de province du Grand Nord, une ville où chacun semble savoir ou soupçonner ce qui se trame mais ne dit rien. Jusqu'à ce que la vérité éclate et que personne n'en sorte indemne. 
par Catherine Demontpion ajouter un commentaire
publié dans : littérature étrangère recommander commentaires (0)   
Dimanche 3 février 2008
la-route.jpg"La route" Cormac McCarthy (Editions de l'Olivier 21€)
Dans un décor totalement dévasté par une catastrophe inconnue, un homme et son fils traversent le pays pour rejoindre la mer. Leur voyage est une longue errance à travers des paysages brûlés, des maisons abandonnées depuis longtemps, des champs où rien ne pourra repousser. Les seules constantes de ce paysage: les cendres, la poussière, et la mort toujours présente en arrière-plan et qui se manifeste de temps en temps sous une forme ou une autre. Ces deux êtres qui, malgré tout, veulent rester du côté des "gentils", avancent sans cesse sur les routes, ces longs rubans d'asphalte, pas totalement au hasard mais sans vraiment savoir s'ils sont toujours sur le bon chemin, en évitant les êtres que la catastrophe a fait basculer dans le camp des "méchants".
Ce livre est étonnant: son histoire est plutôt triste, mais on ne peut s'empêcher de continuer à lire, comme les personnages avancent sur les routes; mais l'histoire est aussi empreinte d'optimisme car, malgré les découragements, les difficultés dues au climat et au manque de nourriture, le père et son fils ne se découragent pas. Quelle que soit l'opinion du lecteur à la fin de ce livre, une chose est sûre: il n'en ressort pas indemne et les images surgies de l'écriture de Cormac McCarthy restent imprégnées dans son esprit.
par Catherine Demontpion ajouter un commentaire
publié dans : littérature étrangère recommander commentaires (0)   
Mercredi 16 janvier 2008
intermitences-de-la-mort.jpg"Les intermittences de la mort" José Saramago (Seuil20€)
Dans un pays jamais nommé, le soir du 31 décembre, lorsque les douze coups de minuit ont sonné, un phénomène extraordinaire se produit: plus personne ne meurt, plus aucun accident mortel, plus aucun suicide réussi, les moribonds reviennent à la vie. Comment réagir face à un tel évènement ? Certains vont penser qu'il est possible de vaincre la mort par la simple force de sa volonté. D'autres vont se retrouver face à un dilemne: comment continuer à avoir la foi en Dieu puisque "sans mort, il n'y a pas de résurrection et sans résurrection, il n'y a pas d'Eglise"  ?
L'économie se trouve elle aussi confrontée à un grave problème: les entreprises de pompes funèbres sont obligées de fermer leurs portes, les hôpitaux sont encombrés de malades en phase terminale mais qui ne meurent pas, les compagnies d'assurances sont ruinées et l'Etat est en passe d'être mis en faillite. Le chaos règne  ... jusqu'à ce que la mort décide de reprendre son travail.
Une histoire originale mais surprenante. Une troublante réflexion sur la vie et la mort, sur l'importance de la mort pour mieux vivre sa vie car, finalement, avoir connaissance de sa fin permet d'accorder plus d'importance encore à la vie. 
par Catherine Demontpion ajouter un commentaire
publié dans : littérature étrangère recommander commentaires (0)   
Dimanche 16 décembre 2007
les-disparus.jpg"Les disparus" Daniel Mendelsohn (Flammarion 26€)
Enfant, lorsque l'auteur allait visiter les membres de sa famille qui résidaient en Floride, beaucoup d'entre eux se mettaient à pleurer en le voyant. Cette ressemblance qu'il avait avec le frère aîné de son grand-père le troublait d'autant plus que personne ne voulait parler de lui dans sa famille, on mentionnait seulement qu'il avait été tué par les nazis avec sa femme et ses filles.
Devenu adulte, Daniel Mendelsohn se lance dans les recherches qui lui permettront de découvrir l'histoire de sa famille, et surtout ce qu'il est advenu de cet oncle Shmiel, de sa femme et de ses filles.
Ce livre n'aurait pu être qu'un nouveau témoignage d'une famille juive dont certains de ses membres ont disparu dans les camps nazis. Mais il n'en est rien. Une écriture très sobre, sans apitoiement, d'une grande émotion lorsque l'auteur brosse le portrait des personnages (notamment son grand-père) font de cet ouvrage à la fois un roman et un livre d'histoire. La minutie de l'enquête, comparable à celle d'un détective, lui donne également un air de roman policier.  Un livre à ne pas manquer. Récompense: ce livre a obtenu le prix Médicis étranger 2007.
par Catherine Demontpion ajouter un commentaire
publié dans : littérature étrangère recommander commentaires (0)   
Blog : Guides d'achat sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus