littérature étrangère

Lundi 12 octobre 2009
- Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦

"L'expert" Trevanian (Editions Gallmeister, 22,70€)
Jonathan Hemlock, personnage principal du livre de Trevanian, est américain, collectionneur d'art, ancien alpiniste, conférencier et expert en oeuvres d'art. Mais derrière cela, il y a un autre personnage : celui d'ancien exécuteur pour le compte d'une organisation d'espionnage totalement secrète, en marge des autres services de renseignements.
Mais le passé ne s'oublie jamais complètement. Présent en Angleterre pour des conférences, il tombe dans un piège mis en place par l'équivalent anglais de son ancien employeur. Chargé de remplacer un autre agent exécuté de façon atroce, il devra s'introduire dans l'organisation de Maximilan Strange, "Le Cloître", endroit secret et select, dédié à la débauche la plus extrème. Fréquenté par la bonne société anglaise, y compris des membres du gouvernement, chaque pièce du Cloître est équipée de micros et de caméra. Jonathan Hemlock devra découvrir où se trouvent les enregistrements et les récupérer avant qu'ils ne soient vendus au plus offrant, laissant ainsi l'Angleterre à la merci d'une puissance étrangère.
D'une écriture vive saupoudrée d'ironie, Trevanian (auteur dont on ne sait que bien peu de choses) plonge le lecteur dans une histoire pleine de méfiance, de trahison, de suspiscion, de manipulations. Roman d'espionnage bourré de références à une époque où la course aux renseignements était un sport national. Roman aussi très contemporain car certains clichés, certains comportements ont parfois du mal à disparaître.
Trevanian a créé un personnage attachant, jonglant sans cesse entre son passé noir et son présent qu'il souhaiterait plus "propre", un dandy sûr de lui et de ses capacités, intelligent et plein d'humour, séducteur. Un peu du James Bond de Ian Fleming, un peu du Saint de Leslie Charteris.

"Il éprouvait l'habituelle nausée sociale consécutive à ce genre de réunions où se retrouvaient critiques, professeurs, directeurs de galerie, mécènes - toutes ces loches paracréatrices qui étouffent l'art de leu sollicitude - les parasites qui prétendent être en symbiose et encouragent, par leur autorité servile, la monstrueuse licence de l'art démocratisé.
- Grex venalium de merde, marmonna-t-il, révélant ainsi les deux aspects de sa formation - les faubourgs et les salles d'université."

Par Catherine Demontpion - Ecrire un commentaire
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Jeudi 23 juillet 2009
- Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
"Rose sainte-nitouche" Mary Wesley (Héloise d'Ormesson, 22€)
Rose a dix-huit ans lorsqu'elle épouse Ned, de onze ans son aîné. Mariage arrangé, entre bonnes familles de la société anglaise. Rose est donc destinée à une vie tranquille de femme au foyer, attentionnée envers son mari. L'Angleterre ayant déclaré la guerre à l'Allemagne, le mariage aura lieu plus tôt que prévu. Rose se retrouve seule à Slede, domaine dont son mari a hérité dans la campagne anglaise où elle attend son retour en compagnie du jardinier et de son épouse cuisinière.
Mais tout cela n'est qu'une façade car, juste avant son mariage, Rose a rencontré Mylo. Dix-neuf ans, sans travail et sans le sou, Mylo n'a aucune chance de plaire à la famille de Rose. Et si la jeune femme choisit d'épouser Ned, elle ne cessera pas sa relation avec son grand amour. Une double vie dont même ses meilleurs amis, ceux qui prétendent la connaître, ne peuvent deviner l'existence. Le masque tombra-t-il à la mort de Ned ?
De faux semblants en semi-vérités, Mary Wesley dresse un portrait d'une société anglaise engluée dans les convenances, où l'on cherche à connaître les secrets des uns et des autres tout en préservant les siens. Et Rose a trouvé le moyen de fuir ce monde, dans les bras d'un amoureux secret, revu avec les mêmes sentiments au cours des années qui suivirent la deuxième guerre. Jusqu'au moment où la vieillesse approche et, avec elle, la liberté de mener sa vie à sa guise.
Une description très fine des caractères, avec juste ce qu'il faut d'humour, un roman à "la saveur d'un bonbon anglais aigre-doux."

"Mary Wesley : née en 1912 près de Windsor, cosmopolite et bohème, elle a vécu en France, en Allemagne, et en Italie. C'est à l'âge de soixante-dix ans qu'elle publie son premier roman, entamant une carrière aussi féconde que tardive. Elle est décédée en 2002."
Un autre titre de Mary Wesley à découvrir : "La pelouse de camomille" (Héloise d'Ormesson 2008, J'ai lu 2009)
Par Catherine Demontpion - Ecrire un commentaire
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Lundi 13 juillet 2009
- Communauté : L'écriture dans tous ses états
"Si loin de vous" Nina Revoyr (Phébus, 23€)
Los Angeles, 1964. L'ouverture prochaine d'une salle consacrée au cinéma muet pousse un journaliste à rechercher les personnalités de l'époque. Il prend ainsi contact avec Jun Nakayama, un Japonais venu étudier dans le Wisconsin et devenu une gloire du cinéma muet des années 20. Nakayama est d'abord réticent, mais les questions du journaliste font remonter beaucoup trop de souvenirs pour qu'il puisse les ignorer.  Comme s'il était un simple observateur de sa vie passée, Jun Nakayama va raconter ainsi les années de gloire, les fêtes grandioses dans les villas gigantesques, ses succès et les femmes qui l'adulaient.
Mais il y a aussi l'envers du décor : le meurtre d'un réalisateur prometteur auquel il sera mélé malgré lui et qui causera la fin de la carrière de plusieures actrices; la montée en puissance des ligues anti-japonaises pronant la suprématie d'une "Californie blanche"; l'apparition progressive du cinéma parlant. Ces évènements combinés entraîneront la raréfaction des rôles qui lui sont proposés. Et le refus du studio de renouveler son contrat l'entraînera dans l'oubli aussi vite que ses premiers rôles lui avaient apportés la gloire.
Ce livre plonge le lecteur dans l'histoire méconnue du cinéma muet d'Hollywood, celui qui a fait connaître des célébrités comme Douglas Fairbanks, Charlie Chaplin ou Gloria Swanson. Sans emphase, comme un spectateur de sa propre vie, Jun Nakayama va remonter le cours du temps pour satisfaire la curiosité du lecteur, mais aussi pour affronter ce passé qu'il a voulu oublier mais qui lui apportera aussi une petite part du bonheur qu'il n'avait jamais trouvé dans sa jeunesse. Une très belle écriture, précise, sensible au service d'une histoire plutôt originale.
"Le muet était bien plus qu'un simple prélude au parlant. Il était également une forme à part entière. Nos films compensaient le manque de son par d'autres qualités : la photographie, la mise en scène, le montage, les éclairages, le shistoires et, enfin, l'interprétation. Les meilleurs muets étaient des oeuvres subtiles et magnifiques, fraîches et parfois exaltantes. Ces films possédaient une pureté qu'il est impossible de retrouver en ces temps tapageurs , dominés par les effets spéciaux et la parole."

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Dimanche 5 juillet 2009
- Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
"Quitter le monde" Douglas Kennedy (Belfond, 23€)
A 13 ans, lasse de voir ses parents se disputer sans cesse, Jane Howard décide qu'elle ne se mariera jamais et n'aura jamais d'enfants. Décision radicale qu'elle ne respectera pas tout à fait, une fois adulte. Après des études littéraires à Harvard, une brève incursion dans le monde de la finance, Jane, devenue professeur à Boston, rencontre Théo. Et l'improbable se produit : elle tombe amoureuse de ce fou de cinéma excentrique et devient maman d'une etite Emily.
Mais l'idylle ne dure pas et lorsque le drame survient, Jane perd pied et veut disparaître, "quitter le monde". Elle le fera, en laissant derrière elle son travail d'enseignante, ses amis, sa famille. Mais peut-on véritablement oublier son passé ? Peut-on rayer des années de sa vie d'un seul trait ?
Drame psychologique (la séparation des parents, la perte d'un enfant); réflexions sur la société américaine (le monde de la finance où les acteurs sont avides, ironiques, à la limite de la méchanceté); réflexions sur le couple, sur les rapports de force homme-femme; réflexions sur les liens parents-enfants : tels sont les thèmes que l'on retrouve dans le dernier roman de Douglas Kennedy. Un roman poignant, où le lecteur est pris dans un suspens imperceptible, quelques fois, mais pesant, où l'on trouve les personnages attachants par leur force de caractère (Jane en a beaucoup pour "survivre" aux reproches de sa mère, à la perte de son enfant) mais quelque peu agaçants aussi à certains moments.
On retrove avec plaisir "le style Kennedy" qui avait fait le succès de deux de ses romans qui, je trouve, faisaient partie des meilleurs : "Une relation dangereuse" et "Les charmes discrets de la vie conjugale". Une bonne nouvelle après la déception lors de la parution de "La femme du Vé".
Par Catherine Demontpion - Ecrire un commentaire
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Vendredi 15 mai 2009
- Communauté : L'écriture dans tous ses états
"Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" Mary Ann Shaffer, Annie Barrows (Editions Nil, 19€)
Janvier 1946. Londres sous les décombres des immeubles détruits par les bombes allemandes. Juliet Ashton est devenue célèbre pendant la guerre pour ses chroniques caustiques et humoristiques parues dans un journal londonien, puis sous la forme d'un livre après-guerre.
En panne d'inspiration pour son prochain roman, c'est la lettre d'un inconnu, habitant de l'île de Guernesey, qui va lui offrir l'occasion de découvrir la vie de cette petite île anglo-normandes.
Par un échange de lettres, elle va ainsi apprendre comment les soldats allemands ont débarqués sur l'île, pensant faire le premier pas dans leur conquête de la Grande-Bretagne. Réquisitions des maisons pour les officiers, des cochons et poulets pour leur consommation personnelle : les habitants de l'île vont bientôt manquer de tout, nourriture et vêtements, l'approvisionnement ne se faisant plus au fur et à mesure de l'avancée des alliés sur les troupes allemandes. Mais les habitants résistent et font preuve de ruse pour tromper les Allemands. Au point d'inventer un club de lecture pour couvrir d'autres activités interdites. Et c'est ainsi que naîtra "le club littéraire des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates".
Au fur et à mesure des lettres, une véritable amitié va se créer entre Juliet et les îliens au point qu'il lui deviendra indispensable de se rendre sur place pour les rencontrer. Mais que va en penser son amoureux, le magnat américain de la presse Markham V. Reynolds ? Juliet devra-t-elle choisir entre une vie simple mais heureuse sur l'île et une vie d'opulence et de mélancolie ?
Tour à tour drôle, caustique, émouvant, ce livre est une agréable découverte. La présentation sous forme de lettres et de télégrammes échangés entre les différents protagonistes lui donne un charme désuet, celui des missives d'autrefois écrites à la main, que l'on avait plaisir à écrire, à lire et dont on attendait la réponse avec impatience. Il permet au lecteur de découvrir un morceau du passé de l'île de Guernesey, une île où, malgré les privations, les habitants resteront dignes et fiers, humains et généreux. Une découverte à la suite de Juliet, une jeune femme au caractère bien trempé, qui trouvera sa place presque par hasard sur une petite île au large des côtes anglaises.
"J eme demande comment cet ouvrage est arrivé à Guernesey. Peut-être les livres possèdent-ilsun instinct de préservation secret qui les guide jusqu'à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas."
Par Catherine Demontpion - Ecrire un commentaire
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Vendredi 8 mai 2009
- Communauté : L'écriture dans tous ses états
"L'année brouillard" Michelle Richmond (Buchet-Chastel, 25€)
Emma, six ans, et Abby, sa future belle-mère, se promènent sur une plage de San Francisco, par une matinée fraîche et sous le brouillard. Abby tient la main d'Emma mais cette dernière veut ramasser des coquillages. Abby lui lâche la main, son regard est attiré quelques secondes par un phoque mort sur le sable, par un convoi de mariage passant tout près. Et pendant ces quelques secondes, Emma disparaît soudainement.
Enlèvement, noyade ? Quel est le scénario le plus plausible ? Au début de l'enquête, l'enlèvement semble l'emporter : des milliers de prospectus seront distribués, des milliers d'affiches collées, Jake, le père, sera invité à des émissions télés. La relation de Jake et Abby subit les conséquences de la disparition d'Emma : culpabilité et doutes sur ses capacités de mère, rancoeur de son fiancé, ils s'éloignent puis se rapprochent sans vraiment savoir comment vivre leur relation.
Mais lorsqu'une chaussure ayant appartenue à Emma est retrouvée sur la plage, la thèse de la noyade l'emporte dans l'esprit de Jake. Jusqu'à organiser un faux enterrement pour "faire son deuil" et entamer une autre vie sans sa fille.
Abby n'est pas de cet avis. Elle reste persuadée, comme aux premiers jours de l'enquête, qu'Emma est toujours vivante, quelque part. Et elle est prête à tout pour trouver un indice : examiner à la loupe les photos prises le matin de la disparition pour comprendre ce qui lui a fait détourner son regard précisemment à ce moment; comprendre le fonctionnement de la mémoire, des souvenirs grâce aux thèses psychologiques ou philosophiques de spécialistes; une séance d'hypnose pour tenter de retrouver les souvenirs précis du moment de l'enlèvement. Et un indice apparaît, ce petit fil minuscule qui va la conduire ...
Une histoire d'amour dans une famille recomposée, un évènement dramatique qui remet tout en question : sur une base classique, Michelle Richmond a construit un magnifique roman, une reflexion sur les souvenirs
et sur la mémoire (les souvenirs peuvent-ils être manipulés ?; pourquoi chaque membre d'une famille conserve-t-il des souvenirs différents d'un même évènement ?), sur ce qui construit et soude un couple (et si finalement c'était uniquement la présence de cette petite fille de six ans qui les unissait ?), sur l'espérance difficile à conserver après la disparition d'un être cher (les statistiques policières montrent qu'après quarante huit heures, il est rare de retrouver l'enfant disparu vivant).
Un beau livre au suspens subtil et constant, servi par une écriture précise, d'une grande force émotionnelle.
Par Catherine Demontpion - Ecrire un commentaire
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Vendredi 1 mai 2009
- Communauté : L'écriture dans tous ses états
"Les mains nues" Simonetta Greggio (Stock, 16€)
Il y a Emma, vétérinaire de campagne qui ne vit que pour son travail, répondant aux appels à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Il y a Raphael et Micol, mariés, amis d'Emma qu'elle n'a cependant pas revu depuis une vingtaine d'années. Raphael a aussi été son amoureux avant de rencontrer Micol, Italienne aristocratique quelque peu manipulatrice.
Et puis il y a Gio, Giovanni, le fils de Raphael et Micol, adolescent en rébellion contre ses parents et qui vient se réfugier chez Emma. A partir de ce moment, les souvenirs de sa vie passée reviennent dans l'esprit d'Emma, tous ces souvenirs qu'elle voulait fuir ou enfouir. Giovanni va raviver son passé et des désirs oubliés. Jusqu'à l'heure de la vengeance ...
Ce livre laisse des sentiments étranges une fois la dernière page tournée. Un sentiment de plaisir tant l'écriture de Simonetta Greggio (d'origine italienne mais qui écrit en français) est agréable, fluide, presque sensuelle, une écriture qui raconte une histoire en laissant au lecteur la possibilité de se faire sa propre opinion sur les faits et gestes des personnages. Mais aussi un sentiment de malaise, celui du lecteur-voyeur entré dans l'univers d'une femme dont la vie semble triste et sereine en même temps, et dans celui d'un adolescent qui refuse l'avenir qu'on lui propose et veut suivre ses idées, sa vision du monde pas si naive que cela.
Mais ces sentiments étranges font tout l'intérêt d'un tel roman, finalement, un roman qui prendra une place bien particulière dans les souvenirs du lecteur.
Par Catherine Demontpion - Ecrire un commentaire
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Mercredi 29 avril 2009
- Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
"L'amour est à la lettre A" Paola Calveti (Presses de la Cité, 20€)
Emma Gentili est traductrice, passe beaucoup de temps à voyager. A l'approche de la cinquantaine, l'envie se fait de plus en plus pressante de changer radicalement de vie. "L'alarme, ça avait été une guillotine à l'entrée de mon estomac, quoi que je mange. En général l'après-midi, vers quatre heures.(...) Je vivais dans une attente indéfinissable, pressentant un changement, sans savoir que faire, ni par où commencer." Et la solution viendra d'un héritage, une ancienne boutique au charme surrané mais qui permettra à Emma de réaliser son rêve : ouvrir une librairie bien particulière, cnsacrée uniquement aux histoires d'amours. Malgré l'opposition de beaucoup (le plus virulent étant son ami expert-comptable, l'Ennemi fidèle), "Rêves et Sortilèges" voit le jour et réussit à fidéliser une clientèle de plus en plus nombreuse, qui évolue dans les rayonnages nommés "Coeurs brisés", "Amours sous glace", "Les lieux de l'amour"...etc.
La librairie sera aussi pour Emma un lieu de retrouvailles avec son amour de jeunesse, Federico, devenu architecte. Malgré les années, les sentiments sont toujours présents mais la distance qui les sépare va les obliger à utiliser un moyen de communication "d'un autre temps" pour renouer les fils de leurs vies : ouvrant des boîtes postales à New-York pour Federico et  Milan pour Emma, les lettres et les souvenirs vont voyager entre les continents, entrecoupées de rencontres amoureuses en France.
Il est difficile de résumer plus avant un tel livre, riche en émotions, en fous rires, en sentiments. J'ai admiré l'audace d'Emma qui, malgré les oppositions et son manque d'expérience dans le métier, va réaliser son rêve sans jamais dévier de ses idées, avec un flair incroyable pour comprendre ses clients-lecteurs et trouver LE livre qui correspondra à leur humeur du moment. Observatrice, elle saura évoluer au fur et à mesure pour offrir de nouveaux services (une auberge, des chambres d'hôtels pour recevoir les auteurs venus dédicacer ...).
Ce livre est donc une histoire d'amour, entre la libraire et l'architecte (une histoire difficile, Federico étant marié, mais une histoire intense, de celles qui finissent bien), entre la libraire et ses clients (des clients qui deviennent des habitués, des amis), entre les lecteurs et les livres (à chaque moment de la vie, gai ou triste, correspond une histoire qui va aider à avancer, selon Emma). L'alternance des lettres de Federico et Emma, plus intimes, et la relation de la vie de la librairie, le quotidien, rend le livre agréable à lire, à dévorer, et permet au lecteur de mieux appréhender les personnalités, les sentiments, les émotions.
Ce livre est aussi le portrait d'une libraire passionnée qui veut faire partager sa passion pour le livre et la lecture. Et je ne peux que partager son point de vue ! "Pour se sauver, on lit. On s'en remet à un geste méticuleux, une stratégie de défense, évidente mais géniale. Pour se sauver, on lit. Un baume parfait. Parce que, peut-être, pour tout le monde lire c'est fixer un point pour ne pas lever les yeux sur la confusion du monde, les yeux cloués sur ces lignes pour échapper à tout, les mots qui l'un après l'autre poussent le bruit vers un sourd entonnoir par où il s'écoulera dans ces petites formes de verres qu'on appelle des livres. La plus raffinée et la plus lâche des retraites."
Par Catherine Demontpion - Ecrire un commentaire
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Samedi 11 avril 2009
- Communauté : L'écriture dans tous ses états
"L'épreuve de vérité" Errol Flynn (Le Serpent à Plumes, 21€)
Irlande, années 20. Shamus O'Thames a perdu ses parents lorsqu'il était encore jeune et se retrouve sous la garde d'un oncle qui se désintéresse de lui et le confie à un précepteur rigide. Mais Shamus ne rêve que de quitter l'Irlande et de tenter l'aventure dans les mers du Sud.
Simple matelot sur plusieurs navires, propriétaire d'un bateau de commerce en Nouvelle-Guinée, Shamus est entraîné dans de nombreuses aventures, entre pirates et tribus hostiles de la région. Deux évènements vont changer le cours de sa vie : sa rencontre avec un missionnaire, le Père Kirschner, et le contrat qu'il signe pour transporter une troupe de cinéastes américains. Mais les apparences sont parfois trompeuses.
Publié en 1946 aux Etats-Unis, le livre de l'acteur Errol Flynn n'eut pas un accueil triomphal : l'acteur étant devenu alcoolique et drogué, le caractère autobiographique du texte fut considéré comme un mensonge et le texte fut classé parmi les "romans de gare".
Tous les ingrédients d'un livre d'aventures y sont : un héros éprouvé dans sa jeunesse qui fuit vers un "eldorado"; l'exotisme des lieux (Papouasie, Nouvelle-Guinée, les Mers du Sud ...); de l'action; des personnages hauts en couleurs. Cela aurait pu être un film tel qu'en tournait Errol Flynn ("Capitaine Blood", "Les aventures de Robin des Bois"). Et malgré certaines exagérations (les états d'âme de ce pauvre Shamus sur les femmes, ses réflexions sur le commerce des Canaques par les hommes blancs exploitant les mines), ce livre est un vrai plaisir de lecture ! On s'y plonge avec délice (pour les paysages des pays chauds !) et curiosité (pour voir quels détours va prendre la vie de Shamus). Et toujours un sourire aux lèvres, en s'imaginant l'auteur comme acteur principal.
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Mardi 24 mars 2009
- Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
"La scribe" Antonio Garrido (Presses de la Cité, 21,50€)
An 799, en Franconie, appartenant alors au royaume de Charlemagne. Gorgias, scribe d'origine byzantine, s'est réfugié à Wurtzbourg avec sa fille Theresa. Cette dernière, plus éduquée que les jeunes femmes de son époque et que beaucoup d'hommes, deviendra apprentie parcheminière, malgré les brimades et les vexations. Mais un drame dont on la croit responsable l'obligera à fuir, à se faire passer pour morte, et à se réfugier dans la ville abbattiale de Fulda.
C'est dans cette ville qu'elle fera de nombreuses rencontres étonnantes, notamment celle du moine Alcuin d'York, le confident de Charlemagne, qui la prendra sous sa protection en lui donnant un emploi de scribe.
Il est difficile de résumer un livre aussi foisonnant, une histoire aussi intense sans dévoiler les ressorts de l'intrigue. L'auteur a réussi le tour de force d'inclure dans son récit de nombreuses références historiques, religieuses (l'opposition entre Charlemagne et le royaume byzantin) sans jamais lasser ou perdre le lecteur dans des dédales inextricables. On évolue à travers le récit en cherchant, comme Theresa, à connaître la vérité sur les faits et sur les personnages, des personnages que l'on aime et déteste tour à tour.
Ce livre fait revivre une époque trouble où de nombreux changements politiques et religieux commencent à apparaître, mais où les paysans restent soumis à la volonté des prêlats et des nobles.
Par Catherine Demontpion - Ecrire un commentaire
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