Vendredi 13 juin 2008

Mais où s'arrêteront-ils donc ?
Il y a quelques jours, l'amendement de deux députés pour "corriger" la loi Lang était en tête des préoccupations dans la profession (voir le résumé ici Billet du jour (3/6/08). L'assemblée nationale a toute fois fait preuve de discernement et a rejeté cet amendement. Et la ministre de la culture, Christine Albanel, « s'est félicitée du maintien par l'assemblée nationale d'une disposition essentielle de la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre ». Rappelant que cette loi a permis « le développement en France d'un réseau de diffusion particulièrement dense, dans lequel la librairie indépendante a su conserver toute sa place », elle a remercié l'Assemblée d'avoir repoussé cet amendement et d'avoir su préservé la loi, « moyen essentiel pour donner à chaque livre une chance de rencontrer son public, et d'offrir aux lecteurs un accès à l'ensemble de la création littéraire ».
Mais l'histoire ne s'arrête pas là, bien évidemment. Maintenant, on s'attaque aux délais de paiement dans une loi appelée "loi de modernisation de l'économie". Dans un communiqué, le SLF (Syndicat de la librairie française) s'exprime ainsi: “les librairies n'ont pas la capacité financière suffisante pour faire face à un raccourcissement des délais de paiement ”. Le raccourcissement des délais de paiement constitue, selon le SLF, une “nouvelle attaque” contre les librairies, après le dépôt de l'amendement proposant de réduire à un an la durée du prix fixe du livre. Comment, en effet, faire vivre un commerce où le stock ne se vend pas vite ? En favorisant les dernières nouveautés, sans livres de plus d'un an en permanence dans la boutique. Ce que font actuellement les grandes surfaces et les espaces culturels implantés à la périphérie des villes. Dans ce cas, si tout le monde propose la même chose aux consommateurs, où est l'intérêt d'implanter une librairie indépendante en centre-ville ? Le conseil, diront certains lecteurs. Certes, c'est important, mais il ne fait pas toute la différence.
Je me doute que beaucoup de consommateurs vont hurler au corporatisme en lisant cela. Oui, je veux bien être accusée de corporatisme s'il s'agit de défendre l'implantation de librairies dans des centre-villes (que les villes soient grandes ou petites), s'il s'agit de défendre la diversité de la production littéraire française qui est, certes, énorme, mais qui n'est pas aussi "bestselarisée" que dans les pays anglo-saxons où le marketing littéraire est roi. Et surtout, j'accepte d'être accusée de corporatisme s'il s'agit de défendre la lecture auprès du public, la lecture en fonction des goûts de chaque individu et non en fonction d'une quelconque mode à laquelle tout le monde devrait se soumettre. Il n'y a pas UNE lecture mais DES lectures. Et c'est très bien ainsi !
Dernière minute: une nouvelle émission littéraire disparaît du PAF, celle de Frédéric Taddei sur France5. Reste encore celle de PPDA sur TF1, mais restera-t-elle après son éviction mouvementée du 20h ? Après la baisse de pagination des suppléments littéraires des journaux, quel média va donc parler des livres ? La radio est encore là, heureusement, au niveau national ou régional. Pour combien de temps encore ?

par Catherine Demontpion ajouter un commentaire
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