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Littérature en Limousin
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« Bonjour »
Surprise dans ses pensées, le doigt posé sur le bord de la page pour la tourner, Juliette lève la tête brusquement, prête à en découdre avec celui qui l’a
interrompu dans sa lecture. Mince, élancé, des cheveux bruns, des petites lunettes rondes : le jeune homme qui se tenait devant elle ne méritait vraiment pas d’essuyer sa colère !
Bien au contraire !
« Bonjour, répond la jeune femme d’une voix douce
- Excusez moi de vous déranger dans votre lecture, mais j’étais assis de l’autre côté de l’allée et je n’ai pu m’empêcher de voir que vous aviez l’air fasciné par ce livre.
- Oui, ce livre est surprenant.
- Pourquoi cela ?
- Et bien le titre d’abord : « L’amour était au rendez-vous dans le jardin »
- Effectivement, le titre n’est pas très encourageant. L’auteur aurait pourtant du savoir que le titre est la première chose qui attire le lecteur.
- Oui, je suis d’accord avec vous, le titre est important. Mais quand je me suis assise sur le banc, le livre était posé à l’envers, je ne pouvais voir le titre. Mais j’ai quand-même été
attirée par le livre, comme s’il était un aimant.
- Alors ce livre aurait du s’appeler « Le livre magique » vous ne croyez pas ?
- Ça aurait été dans l’air du temps, avec Harry Potter et tous ses collègues magiciens, lui répondit Juliette en riant.
- Succès commercial assuré dans ce cas !
- Mais il n’y a pas que le titre qui soit bizarre dans ce livre. L’auteur n’a pas indiqué son nom sur la couverture, il y a simplement « anonyme ».
- En quoi est-ce surprenant ? Il y a d’autres romans qui sont parus, dans le passé, sous des pseudonymes ou des initiales. Certains ont même été de très gros succès auprès du public.
- Mais je me suis toujours demandée pourquoi ils avaient eu recours à un pseudonyme ou à des initiales. Je peux le comprendre pour George Sand par exemple parce qu’à son époque il était
inconcevable qu’une femme puisse écrire et publier. Mais j’ai vu des auteurs publier des romans sous leurs noms et des polars sous un pseudonyme.
- Je pense qu’il y a deux catégories d’auteurs : ceux qui ne veulent écrire qu’un genre de livres, soit des romans, soit des polars ; et ceux qui ne veulent pas se limiter et
explorent tous les genres, quelques fois avec bonheur d’ailleurs. J’en connais qui écrivent, presque en alternance, des romans et des polars.
- Vous semblez bien connaître ce monde-là ! Seriez-vous auteur vous-même ?
- Et voilà, mon secret est découvert ! Comment avez-vous deviné ? Non, laissez-moi réfléchir. Je pense que vous devez être libraire ou bibliothécaire. Je parierais plutôt sur
libraire.
- Et voilà, vous aussi vous avez découvert mon secret ! Vous devez écrire des polars !
- Mon premier livre était effectivement un polar, mais il a été publié chez un petit éditeur de province et je ne pense pas qu’il soit arrivé jusqu’à Paris. De toute façon, il est maintenant
officiellement épuisé puisque l’éditeur a disparu.
- C’est dommage, j’aurais bien aimé le lire. J’aime beaucoup lire les premiers romans, on y découvre souvent de réels talents. Et après, quand l’auteur devient célèbre, on peut dire « je
le connais depuis ses débuts, je savais qu’il serait célèbre » !
- Qui sait, si mon prochain livre est un gros succès, peut-être que mon éditeur actuel voudra bien le réimprimer. Dans ce cas, je vous en ferais parvenir un exemplaire avec plaisir.
- Quel titre aura ce livre ?
- Le titre n’est pas encore sûr. Je pensais avoir trouvé le bon, mais mon éditeur le trouve trop vieillot. Nous hésitons donc encore entre plusieurs. C’est une opération délicate car il doit
refléter l’histoire avec précision, ne pas être trop long et donner envie au lecteur de le prendre, de le feuilleter dans un premier temps et de l’acheter ensuite.
- J’espère en tout cas que vous ne ferez pas comme l’auteur de celui que j’ai trouvé sur le banc.
- A propos, vous ne m’avez pas dit ce que racontait ce livre. Vous avez lu beaucoup de pages ?
- Non, je n’avais lu que la première page quand vous êtes venu me parler. Mais j’aime bien le style de cette page.
- Vous voulez bien me lire les lignes que vous avez déjà lues ?
- Oui, pourquoi pas ? Je tournerais la page ensuite pour voir ce qui se passe. »
Et Juliette se mit à lire à haute voix les premiers paragraphes du livre que nous avons déjà reproduit ci-dessus. Le jeune homme ne pouvait s’empêcher de la regarder : sous l’effet de la lumière du soleil, ses cheveux avaient des reflets roux magnifiques ; son visage, même vu de profil, semblait illuminé par les mots qu’elle lisait ou par le soleil, ou peut-être même par les deux. Et sa voix aux inflexions douces et mélodieuses donnait une vie particulière aux mots qu’elles lisaient.
Le silence soudain le fit revenir à la réalité. Juliette ne lisait plus.
(A suivre)
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