" Culture et supermachés: rayon à part
(...) La plupart des enseignes de la grande distribution propose des "produits culturels". Cette seule appellation est blasphématoire. L'hérésie est très française: toute l'Europe regarde avec étonnement les honneurs nationaux qui entourent les livres au point de les rendre parfois intouchables. Pourtant, le livre est bien une marchandise. Encore trop chère et trop idéalisée. Qui gagnerait à être visible sans être banalisée.
(...) Aujourd'hui, toute grande surface qui se respecte doit avoir son "espace culturel". Louable intention mais à condition que la qualité suive. Hélas, elle n'est pas toujours au rendez-vous. D'abord, les rayons n'offrent que des nouveautés: ne cherchez pas un titre paru l'année dernière, il a déjà été remplacé par des livres plus récents. Mais n'essayez pas de trouver un livre dont le smédias n'ont pas parlé: l'estampille "vu à la télé" balaye tout sur son passage et vaut pour tête de gondole. Quant aux romans qui n'ont jamais figuré sur la liste des meilleures ventes, ils ne passeront tout simplement pas l'escalier mécanique."
"Philippe Moati, chercheur au CREDOC, spécialiste de la grande distribution, rappelle que, depuis la fin des années 90, la croissance des grandes surfaces a perdu de sa vitalité. "Dans ce contexte, la conquête de nouveaux marchés est une alternative. Tout comme les voyages, la billetterie ou le high-tech, la culture est un moyen d'étendre le périmètre des activités et donc de relancer la croissance". le chercheur avance aussi une autre hypothèse: réputées tristes et impersonnelles, les grandes surfaces tiennent à faire évoluer leur image. "Toutes es études montrent qu'aller au supermarché est une corvée dont on se passerait bien. Créer des rayons librairies, surtout s'ils sont jolis et confortables, traduit la volonté de transformer cette obligation en moment agréable." Sans compter qu'un client qui prend le temps de flâner dans un rayon ... a plus de chance d'y dépenser de l'argent ! Commerce et marketing seraient donc le seuls arguments pour que littérature rime avec nourriture ?
Une certitude: la plume d'un écrivain, sa créativité, son originalité sont donc moins attractifs que le produit "top budget". (...) Selon l'institut GFK, 35% des produits culturels en général et 28% des livres en particulier, ont été achetés dans une grande surface alimentaire. Pour certains amoureux de la littérature, c'es tparfois même le seul moyen de s'en procurer.
(...) D'autres n'osent pas pousser la porte d'une librairie. (Témoignage d'une mère de famille de Bagnolet) "Les vrais libraires, faut voir comment ils te regardent si tu leur demande un roman facile et rigolo ! On a vraiment l'impression de ne pas être assez bien pour eux" (Témoignage d'un agent de sécurité) Il se sent "stressé" par les questions des libraires "qu'est-ce que vous aimez lire? C'est vraiment bête comme question ! C'est personnel, je n'ai pas l'habitude de raconter ma vie à des inconnus"
Dans les années 70, quand les grandes surfaces se sont massivement implantées en bordure des villes, les libraires craignaient l'appel de clientèle. Aujourd'hui, ils redoutent une concurrence plus directe.
(...) Rentabilité contre curiosité. Mary Higgins Clark d'un côté, aussi présente dans les foyers que les paquets de biscuits, les oeuvres complètes d'Israel Horovitz de l'autre, dans un écrin. Ce serait trop facile. En réalité, ces deux visions de la littérature cherchent à se compléter plutôt qu'à s'opposer. Car ni l'une ni l'autre ne s'assument telle qu'elle est. Ainsi, il serait temps que les hypermarchés développent leur catalogue de best-sellers.(...) Et il serait temps que les libraires indépendants acceptent que tenir une boutique, c'est aussi gonfler la bourse. Vendre n'est pas un gros mot et un livre de Marc Lévy n'est pas hérissé d'épines ... La démocratisation de la culture s'en portera toujours mieux."
Vos réactions, vos commentaires seront les bienvenus. Et comme nous sommes en démocratie, je ne censurerais pas les commentaires même s'ils sont défavorables aux librairies indépendantes (ce qui n'a pas été le cas pour Amazon qui a refusé et effacé des commentaires de libraires laissés sur son site !) Seule exception (il en faut dans toutes règles!): les insultes et les méchancetés, mais je suis sûre que personne n'en arrivera là !
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